Économie

Secteurs économiques de la post-croissance

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  • #615

    Béatrice Hovnanian
    Organisateur(trice)

    A votre avis, quels sont les secteurs à décroître? Quels sont les secteurs à soutenir?Eventuellement, quels sont les secteurs à arrêter?

  • #704

    L’important est de ne pas avoir un « jugement global » sur chaque secteur, mais de préciser « comment » décroître l’impact environnement, voire sociétal d’un certain nombre de secteur. Le jugement ne doit pas porter en soi sur l’objet du secteur, mais sur les tenants et aboutissants de son développement-déploiement.

    Prenons l’exemple de l’automobile. Si je considère que le secteur de la construction automobile doit réduire drastiquement sa voilure, je ne condamne pas le secteur ‘automobile’ à décroître, voire à cesser, mais à se transformer radicalement, à se métamorphoser.

    L’essentiel est de questionner :

    1) la mobilité : l’automobile est un vecteur de transport parmi d’autres (marche à pied ; vélo, avec ou non, assistance électrique ; automobile ; car ; métro ou train ; etc.) qui doivent être apprécier dans leur globalité respective (ses facilités d’usage ; son occupation au sol en tant que voie de circulation et parking ; sa consommation d’énergie ; sa pollution ; …).
    SOLUTIONS : Pour bénéficier d’une offre fluide, élargie, économique et durable de moyens de déplacements, il est indispensable de disposer d’UNE plateforme unifiée de moyens de mobilité à sa disposition combinant l’ensemble des vecteurs d’usage (sur la base du trajet, opter une combinaison d’offres de mobilité). Et par ailleurs, la mobilité peut être réduite si l’on diminue soit l’étalement urbain, soit la spécialisation des espaces (habitat, commerce, service, bureau, …).

    2) l’industrie automobile à travers les principes de l’économie circulaire (le recyclage), mais aussi de l’économie de la fonctionnalité (l’usage)… Comment en finir avec une « obsolescence programmée » ? Pourquoi un moteur ne fait pas un million de km ? J’ai le souvenir d’un appel d’offre pour les taxis new-yorkais auprès des constructeurs qui imposait un million de km !!!!
    SOLUTIONS : pour rendre non-économique une « obsolescence programmée », il faut imposer aux constructeurs : d’une part, une « économie circulaire » qui impose le recyclage à ses frais de l’ensemble des composants du véhicule ; d’autre part, une « économie de la fonctionnalité » où c’est l’usage qui fait l’objet d’un loyer. La phase de « construction » diminue alors au profit de la phase « service après-vente » ; ce qui compense au moins en partie la réduction des effectifs sur les chaines de fabrication. De plus, une économie de la fonctionnalité est propice à des services de partage : autopartage, location entre particuliers, voire taxi-vtc avec un coût d’exploitation réduit… Globalement, le partage permet d’accroitre le taux d’utilisation horaire des véhicules (seulement quelques pourcents pour un particulier).

    Ces mesures de transformation de la mobilité automobile seront d’autant plus efficientes qu’elles seront favorisées dans le contexte européen…

  • #713

    François PILLARD
    Organisateur(trice)

    Je suis plutôt d’accord avec Pierre pour ne pas condamner d’emblée des secteurs économiques au motif qu’ils sont pointés du doigt comme les plus gros pollueurs du moment. Il nous faudra bien des outils de mobilité, des vecteurs d’énergie, des matériaux de construction….

    Il nous faut nous concentrer sur les progrès que peuvent faire chacun des secteurs dans le sens d’une moindre empreinte écologique. Cela passera par de la décroissance de consommation finale dans de nombreux cas, et souvent par des progrès d’efficience dans la consommation d’énergie et matières premières au départ et tout au long de la vie du produit, recyclage compris. Cela demandera des efforts considérables d’adaptation pour la plupart des secteurs, qu’il s’agisse de l’agriculture, de l’automobile, de l’aviation, et même du numérique, qui consomme aussi beaucoup d’énergie et de matières rares. Comme on ne peut pas ,demander aux acteurs économiques de se faire hara-kiri avec le sourire, il faudra les accompagner par tout l’arsenal du conseil, des lois, normes et règlements, de la fiscalité et des normes comptables. Tout leur contexte doit être refondé.

    Fondamentalement, certains secteurs touchent à des besoins vitaux, nourriture, santé, logement, mais en même temps, ils tirent l’essentiel de leurs marges d’activité discutables ou de mauvaise qualité: tous les secteurs ont leur SUV superpolluant mais profitable. Et il va falloir soutenir le véritable utilitaire, tout en s’éloignant du SUV.

    On peut toutefois questionner assez directement et totalement le secteur de l’armement, dont la fonction est de détourner des ressources de grande qualité pour de la destruction pure et simple. Toutefois, il tire aussi des applications civiles par sa puissance de R&D, mais on pourrait sûrement les tirer aussi bien à partir des secteurs de l’énergie ou de la mobilité. N’est-il pas possible que la commande publique donne à Safran ou Dassault d’autres objectifs aussi valorisants que ceux qu’ils poursuivent actuellement, en demandant aux gouvernements d’en faire la promotion internationale?

  • #726

    Béatrice Hovnanian
    Organisateur(trice)

    Quels sont dans un monde en post-croissance les secteurs à encourager et à décourager?

    A1. La première chose à faire est de regarder les neuf limites planétaires et surtout ne pas se concentrer sur le seul changement climatique.

    Pour rappel, les neufs limites planétaires de Rockstrom sont:

    • le changement climatique,
    • l’érosion de la biodiversité,
    • la perturbation des cycles biogéochimiques de l’azote et du phosphore,
    • les changements d’utilisation des sols,
    • l’acidification des océans,
    • l’utilisation mondiale de l’eau,
    • l’appauvrissement de la couche d’ozone stratosphérique,
    • l’augmentation des aérosols dans l’atmosphère,
    • l’introduction d’entités nouvelles dans la biosphère.

    A2. A ces neuf limites, Kate Raworth a ajouté 11 planchers sociaux à prendre en compte dans la transition à venir. Il s’agit des droits :

    • à la santé
    • à l’eau
    • à la nourriture
    • à l’éducation
    • à un emploi et à un revenu
    • à la paix et à la justice
    • à une voix politique
    • à l’énergie
    • aux réseaux
    • à l’équité sociale
    • à l’égalité des sexes.

    Il est impératif de ne pas oublier ces dimensions quand on définit des secteurs à encourager et à décourager.

    B1. Quand il s’agit de secteurs à encourager ou à décourager, il y a des filières polluantes qui doivent être amenées à disparaître dans un futur relativement proche tel que:

    • les centrales thermiques charbon
    • le nucléaire

    et à décourager jusqu’à ce qu’elles deviennent obsolètes:

    • les énergies fossiles

    De fait, il s’agit d’encourager certaines filières:

    • Les filières du bâtiment qui induisent une plus grande efficacité
    • Les filières du bâtiment qui induisent une plus grande sobriété (ex:habitat participatif)
    • Les filières du transport qui permettent une plus grande sobriété.
    • Il s’agit d’investir massivement vers de nouvelles infrastructures vélo, de transports publics ainsi que de frets ferroviaires.
    • De même, il serait question de décourager le secteur aérien pour encourager le télétravail, les vacances plus proches ou l’utilisation du ferroviaire.
    • Sur l’efficacité énergétique des transports, ceci est à encourager mais attention au syndrome de simple prime au véhicule neuf qui tend vers une sur-consommation.
  • Les filières des énergies renouvelables
  • La recherche dans
    • les énergies renouvelables,
    • leur impact écologique,
    • leurs filières de recyclage,
    • la production de froid,
    • et le stockage de l’énergie.

    B2. Dans les secteurs du textile et de l’agriculture, il s’agit avant tout de revoir entièrement les pratiques.

    Il faut tendre à des circuits plus courts en terme d’agriculture avec une fin de l’agriculture intensive. Il s’agit donc d’encourager l’agriculture bio et ces réseaux de distribution courts et de décourager l’agriculture intensive et le transport de nourriture ou de bétail.

    Dans ces relocalisations de l’agriculture et de la production d’énergie, la recherche dans les modèles d’intelligence artificielle sera sans doute à encourager.

    Dans le secteur du textile, il faudra sans doute encourager la relocalisation. Les défis seront nombreux dans ce secteur qui aujourd’hui est un des plus polluants.

    Il faut aussi décourager l’industrie du plastique et encourager la recherche dans de nouveaux matériaux.

    B3. L’éducation est un secteur à encourager. On ne peut espérer changer la société et avoir des élèves entassés dans des classes inefficaces car trop chargées avec beaucoup d’élèves laissés pour compte et dont peu terminent leur scolarité avec les outils qui leur permettraient de réfléchir et d’être résilients.

    Une société résiliente ne peut se construire sans êtres résilients pour la construire! C’est pourquoi c’est dans le secteur de l’éducation qu’un des plus gros efforts de croissance doit être fourni.

    Le secteur de la formation est évidemment aussi à encourager afin de permettre la transition.

    B4. Il s’agira par ailleurs d’encourager le secteur de la santé, et de l’aide aux plus âgés et à l’autonomie.

    Néanmoins, le plus gros des efforts sur la santé sera un effort sur la santé préventive avec un travail sur la pollution de l’air d’une part, l’agriculture mais aussi sur tous les perturbateurs endocriniens qui existent par ailleurs.

    B5. D’autres secteurs sont à réfléchir avec une réflexion sur la distribution, les métiers de la finance et la pollution du numérique par exemple.

    De plus, une réflexion est à mener sur le télé-travail:

    • Les activités propices au télé-travail
    • Les quotités de télé-travail qui ne détruisent pas le lien social
    • L’équilibre en terme d’impact environnemental dans le télé-travail entre diminution du transport d’une part et plus grande utilisation énergétique du numérique d’autre part.

    B6. Enfin des pratiques au sein de tous les secteurs sont à décourager pour la première et à encourager pour les autres :

    • obsolescence programmée,
    • recyclage, et réutilisations,
    • bonnes pratiques environnementales,
    • formation continue,
    • participation dans la vie de l’entreprise,
    • égalité des traitements hommes-femmes
    • etc.

    Voilà mon début de réflexion sur les secteurs à encourager et à décourager.

    Il s’agit de créer des secteurs à impacts environnemental et social positifs.

  • #765

    François PILLARD
    Organisateur(trice)

    j’aime assez l’approche de Béatrice, qui a le mérite d’ébaucher une méthode d’évaluation pratique.

    Je retiens que chaque entreprise, au sens le plus extensif du terme, devrait autoévaluer ses effets au regard de chacune des limites planétaires, ainsi qu’au regard des besoins vitaux (accès à l’eau, à la nourriture, température supportable…) et aux aspirations humaines (équité, sécurité, mobilité, éducation, contact social, culture, liberté de croyance…), pointer ses points forts et faibles et se proposer des voies d’amélioration. Il revient à la puissance publique de favoriser l’émergence d’une profession d’audit adaptée, et de donner un cadre juridique à cette obligation.

    On ne peut pas être parfait sur tous les sujets, et il y a parfois des conflits entre eux, mais il est nécessaire d’introduire un peu de systématique dans l’amélioration et d’en faire rapidement l’affaire de tous.

    Cette approche devrait rapidement être rodée dans une démarche menée au niveau des grandes filières économiques qui sont l’alimentation (eau comprise), le résidentiel (construction/rénovation, et vie courante), la mobilité, la maîtrise de l’énergie et des matériaux, l’information, l’éducation/formation et la culture, la santé, et au service de ces filières les fonctions de finances, de régulation et de résilience (de la sécurité des appros vitaux, à la police et aux forces armées).

    En parallèle, devrait être menée une réflexion institutionnelle sur les Biens Communs qui résultent de la confrontation des limites planétaires et des besoins sociaux, dans le but d’en formaliser les règles et modalités d’accès. Le droit constitue un moteur puissant d’évolution à ne pas négliger.

    Il ne me parait pas utile d’arriver au pouvoir avec un programme exhaustif d’actions infaisables, mais bien plutôt de mettre rapidement en mouvement des processus coordonnés et adaptés au plus près du terrain.

    Pour appliquer ce principe de subsidiarité, on pourrait commencer par demander aux Régions de mettre en place une analyse de leur résilience propre (alimentation locale et bio, accès à l’eau de qualité, cohérence des moyens de transport, indépendance énergétique, disponibilité du sable de construction, ou du bois….), et engager les universitaires à théoriser les instruments de mesure adéquats.

    Un des débats actuels porte sur l’opportunité de soutenir, ou non, et à quelles conditions, les activités économiques touchées par la crise sanitaire. Je crois que derrière toutes les activités touchées se trouvent des personnes et leurs compétences. Il ne faut pas les perdre au motif qu’ils ne servent pas les « bons secteurs ». Mais il convient dans le sauvetage de court terme de saisir les opportunités de préparer le monde d’après. Après tout, les Renault ou Airbus ont fait leurs preuves dans le monde de la mobilité et de l’assemblage de grands projets: ils seront compétents aussi au service de nouvelles formes de mobilité.

  • #767

    Béatrice Hovnanian
    Organisateur(trice)

    D’accord avec les apports de François Pillard. Il faudrait encourager la création de comité de pilotage dans chaque organisation capable suivre cette transition avec des niveaux de label sur les différents aspects sociaux et environnementaux qui s’assurent néanmoins que l’organisation en question ne se serve pas de la labellisation pour faire du en même temps et de fait du green washing.

    Il faudrait connaître les labellisation dans les différents secteurs. L’idéal serait d’en avoir une qui couvre tous les secteurs.

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