Économie

Quel statut pour le Travail?

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  • #586

    François PILLARD
    Organisateur(trice)

    L’idée selon laquelle notre monde se dirigeait vers une ère de prospérité et de bonheur fait maintenant partie des vieilles lunes du XXème siècle, remplacée par la sourde inquiétude que font naître, en vrac, le mur climatique, l’endettement faramineux, le chômage endémique, le plafonnement de l’espérance de vie, le pillage exagéré des ressources planétaires, le spectre de l’extinction des espèces, le vertige des inégalités sociales, la puissance des mouvements migratoires, l’urbanisation incontrôlable et le retour du risque de disette….

    L’économie libérale débridée, perfusée à l’énergie carbonée peu chère, qui a réussi à faire sauter les frontières qui la bridaient, semble bien être à l’origine de cette impasse globale. Il convient bien d’en rechercher les mécanismes pour proposer des issues. Il est plausible que ce soit tout un faisceau de causes racines qui concourent à cette situation, et il faudra autant que possible toutes les identifier.

    J’ai l’intuition qu’une de ces racines pourrait bien être la façon dont on considère le travail humain depuis la fin du XIXème siècle, disons l’industrialisation rationnelle du fordisme. Le travail humain, dès lors qu’on l’a décomposé en gestes spécialisés pour rendre les ouvriers interchangeables, est devenu une marchandise au même titre que les matières premières, est ainsi entré dans le calcul des coûts de revient analytiques, et a fait l’objet de plans d’économie beaucoup plus drastiques que la consommation d’énergie. Il est ainsi devenu un facteur d’ajustement beaucoup plus facile à actionner que les autres chaque fois que l’entreprise éprouve le besoin d’améliorer son retour global sur investissement. On sait en outre grâce à JM.Jancovici, que la productivité du travail humain est directement fonction de l’énergie consommée. Ainsi tout se tient : Notre civilisation a fait le choix de consommer de l’énergie à outrance pour réduire l’appel à la ressource humaine. Or ce qui apparait aujourd’hui, c’est que nous devons impérativement limiter notre consommation globale d’énergie carbonée pour conserver une terre vivable. Par ailleurs le travail humain n’est pas du tout une ressource comme les autres. Non seulement il est une ressource renouvelable, car si l’homme peut se nourrir et se reposer, il est de nouveau disponible le lendemain pour fournir le même travail que la veille, et cela peut se perpétuer au fil des générations, mais encore il est une ressource non stockable qui se détruit lorsqu’on ne s’en sert pas (perte de forces et de compétences), et augmente lorsqu’on s’en sert régulièrement (effet d’apprentissage).

    Ainsi donc la logique qui devrait s’imposer sur le plan macroéconomique pour une collectivité comme la France, devrait être d’un côté de ramener à tout prix notre consommation d’énergie en dessous de un équivalent-planète, et de l’autre d’exploiter le plus possible le potentiel de travail humain que permet notre équation démographique spécifique. Or les besoins ne manquent pas, ils sont même à peu près illimités. En effet, une fois satisfaits les besoins basiques permettant aux hommes de vivre, nourris et en bonne santé, il reste tout ce qui permet à l’humanité de grandir, culture, formation, et socialisation notamment, et tout ce qu’il y a à mettre en œuvre pour soigner la terre et la biodiversité en assumant les responsabilités de notre espèce devant le vivant.

    Les seules forces du marché, laissées la bride sur le coup, sont incapables d’atteindre ces objectifs, car elles ne recherchent que des sous-optimisations sur des périmètres définis par les actionnariats. Elles sont efficaces sur leurs domaines, mais doivent être encadrées fermement pour une optimisation globale.

    Nous voilà ainsi devant une suite de sujets à approfondir : le statut du travail, la consommation d’énergie, la part de l’économie dite de marché et la part de l’économie sociale, la circulation monétaire associée à ces flux, sachant que tout est évidemment lié.

  • #605

    Béatrice Hovnanian
    Organisateur(trice)

    Je pense qu’il faudrait prendre en compte que le travail peut rendre heureux. Ce qui est difficile, c’est quand le travail va à l’encontre des nécessités du corps ou de l’esprit. Ainsi, les sociétés à impact positif écologique et social devrait être récompensées. Leur apport à l’environnement ou a bien-être humain devrait être pris en compte. Le plus difficile est néanmoins de faire la différence entre le Greenwashing et le vrai apport.

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