Économie

Promouvoir une économie de la fonctionnalité (l'usage, et non la propriété)

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    Définition :

    Une économie de la fonctionnalité « … consiste à remplacer la notion de vente du bien par celle de la vente de l’usage du bien, ce qui entraîne le découplage de la valeur ajoutée et de la consommation d’énergie et de matières premières » (Ministère de la Transition écologique et solidaire).

    Basculer de la valeur d’échange vers la valeur d’usage : il s’agit de payer un service (par exemple : se loger, se déplacer, se chauffer, communiquer) et non l’acquisition (par exemple : l’achat d’un logement, d’une automobile, d’une chaudière, d’un téléphone mobile).

    Ce nouveau modèle économique d’entreprise se démarque du modèle industriel classique qui s’appuie essentiellement sur les volumes de produits vendus et consommés, c’est-à-dire sur une « obsolescence programmée » (ensemble de techniques visant à diminuer la durée de vie des produits et, par conséquent, à en accélérer le renouvellement). Au contraire, dans l’économie de la fonctionnalité, on vise à satisfaire le « juste besoin » du bénéficiaire (logement, mobilité, équipements audiovisuels ou électroménagers ou téléphoniques, …). Et la contractualisation se base précisément sur ces effets utiles.

    « L’économie de fonctionnalité favorise un meilleur contrôle sur la reprise des produits en fin de cycle – le manufacturier ou le détaillant conservant la propriété du produit, il peut donc gérer adéquatement sa fin de cycle. Le produit peut alors être réparé, reconditionné ou démantelé pour générer de nouvelles composantes ou matières premières. En plus d’éviter les étapes d’extraction, de purification et de première transformation, et ainsi de générer de substantielles économies en termes de matières et d’énergie, cette stratégie permet aux entreprises de mieux gérer les risques d’approvisionnement et d’anticiper le coût de revient de leurs produits, tout en réduisant l’empreinte environnementale globale des produits et services. » (Institut de l’environnement, du développement durable et de l’économie circulaire)

    Ce changement de paradigme est promu notamment par Dominique Bourg, Hugues de Jouvenel, Nathalie Kosciusko-Morizet, …


    Objectifs :

    1. rentrer dans la ‘transformation’ écologique (responsabilité
      environnementale et sociale) ; répondre à des problèmes systémiques
      par des réponses systémiques ;
    2. améliorer ses conditions de vie sans nécessité une
      augmentation du pouvoir d’achat.
    3. faciliter l’encapacitation des territoires circonscrivant la
      proximité de chacun.

    Gains environnementaux :

    • développer des solutions intégrées de biens et services dans
      une perspective de développement durable. Une « économie de la
      fonctionnalité » est propice à une « économie circulaire »
      (produire des biens et services tout en limitant fortement la consommation
      et le gaspillage des matières premières, et des sources d’énergies non
      renouvelables).
    • combattre l’obsolescence programmée.

    Gains sociétaux (qualité de vie, convivialité, solidarité) :

    • favoriser une « démarche coopérative » pour diminuer
      les coûts d’usage corollaire de « choix de vie » respectueux de
      l’environnement (habitat partagé ; nouvelles mobilités partagées ; prêt
      d’objet entre voisins ; circuits courts ; …).
    • créer des emplois peu délocalisables (gestion des produits en
      location ; réparation, ré-emploi ; apprentissage de nouvelles
      pratiques ; innovation nécessaire dans la recherche et le développement ; …).
    • sortir d’une économie de la spéculation corollaire de la ‘propriété’.

    Moyens :

    1. Identifier les « acteurs » (professionnels
      ou non) pour les reconnaitre, pour les promouvoir, …
    2. Consolider les « compétences » des
      acteurs. Valoriser les apprentissages propices à l’économie de la
      fonctionnalité au sein du Ministère de l’éducation nationale, de
      l’enseignement supérieur d’une part, au sein d’associations, de
      territoires d’autre part. Proposer des parcours d’apprentissage en y
      incluant les initiatives « Territoires Zéro chômeur », « Territoires zéro déchet , zéro gaspillage », …

    3. Faciliter l’émergence de nouveaux « circuits pérennes de financement » ; définir un produit financier qui serait un « contrat de dépôts participatifs et coopératifs » bénéficiant de garantie du type « obligations » avec si possible une fiscalité propre (comme en Suisse pour financer l’habitat participatif).

    1. Consolider un « budget Recherche » sur
      ce thème (Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche ; ADEME
      ; …).
    2. Imaginer un nouveau « paradigme fiscal » qui
      s’appuierait de plus en plus sur la consommation (flux) et découragerait
      la possession (stock).

    Les projets d’économie de la fonctionnalité doivent être gérés au plus près du terrain, sous couvert du territoire (avec les SCIC ?).

    C’est compatible avec une simplification – via une globalisation – des différentes aides, soit environnementales, soit sociales.


    Inconvénients :

    [… désirables] Son développement pénalisera la « société de consommation », les industries basées sur une « obsolescence programmée » d’une part, et les spéculateurs dans le domaine de l’immobilier d’autre part.


    Exemples :

    Dans les « coopératives d’habitants », la mise en commun de ressources financières et la participation active des habitant-e-s : en France, Chamarel (Vaulx-en-Velin – Lyon), La Maison des Babayagas (Montreuil) ; en Suisse, Codha (Genève ), KraftWerk (Zurich)…

    Michelin : remplacement de la vente des pneus aux transporteurs routiers par la mise en place d’un dispositif de paiement au nombre de kilomètres parcourus, avec un service complet de gestion du cycle de vie (optimisation personnalisée de la pression, conseil, maintenance…).

    Xerox : mise à disposition (sans vente ni location) de photocopieurs dans les locaux des clients, et facturation à la feuille, avec service de suivi et de maintenance des appareils et consommables.

    Vélib’, et autres vélos en libre service… ; l’auto-partage…

    D’autres exemples.


    Documentation :

    ADEME (2020, mars), « Panorama national et pistes d’action sur l’économie de la fonctionnalité »

    Fondation Concorde (2010), « L’économie de la fonctionnalité : vers un nouveau modèle économique durable ».

    Institut de l’économie circulaire (2015), « Inscrire les aides publiques dans l’économie de fonctionnalité : une nouvelle donne en faveur d’une économie circulaire ».

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